lundi 16 mars 2020

La cave aux poupées de Magali Collet

Taurnada éditions, 19 mars 2020, 211 pages, disponible au format papier et numérique








Manon n'est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge. 
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé. 
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale... Mais, par-dessus tout, une fille normale n'aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.  



Attention ! Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains, âmes sensibles s'abstenir !




Manon est une jeune femme de 22 ans qui n'est pas comme les autres. 
Narratrice principale de cette histoire, elle raconte en des termes enfantins et un vocabulaire un peu pauvre, son quotidien dans cette maison isolée dont elle n'est jamais sortie, auprès de son père maltraitant. 
Manon doit tenir la maison en parfaite petite femme et aider son père dans ses délires déviants.

Ainsi, elle doit s'occuper des jeunes filles captives que son père ramène dans sa cave afin d'assouvir ses fantasmes horribles, elle doit les nourrir, prendre soin d'elles, jusqu'à leur épilation ou la gestion de leur cycle menstruel et les maintenir en vie, sa propre existence en dépend. 

Un bien morne et effroyable quotidien dont elle ne veut et ne sait comment s'échapper...


Je pense que ce roman va me hanter quelques temps !

Ce n'est pas qu'un simple thriller, je le qualifierai de "dark thriller" ! 

Magali Collet touche ici à des sujets plus que sensibles, décrit des scènes que l'on ne voudrait pas avoir à imaginer, raconte une histoire que l'on voudrait complètement improbable...et elle le fait bien !

Tout est cohérent, et c'est bien cela le souci : le roman devient si réaliste qu'il en est gênant, retourne les tripes et donne des nausées... 

Attention, les scènes de viol ne sont pas explicitement décrites, mais l'ambiance générale est là, une sorte de climat terrifiant, horrifique, malsain. 
Et pourtant, on ne peut pas lâcher le récit. 
Pourquoi ? 
Peut-être parce que Manon, la narratrice - qui semble un peu arriérée - nous raconte une vie sur laquelle on ne peut fermer les yeux, parce que l'on a cette envie, cet espoir de lire que les choses se terminent bien, parce qu'on est poussé par une sorte de curiosité malsaine ...

Quoi qu'il en soit, la plume de Magali Collet m'a complètement happée et je n'ai pas pu stopper ma lecture, même si celle-ci était plus qu'angoissante…

Le personnage de Manon est fascinant : cette jeune femme qui s'apparente presque à une petite fille dans sa façon de s'exprimer, vit le pire qu'un être humain puisse endurer. 
Les coups, les humiliations, les viols...son quotidien ne se résume qu'à assouvir les infâmes fantasmes de son géniteur, "le Père", qu'elle protège malgré tout. Syndrome de Stockholm ou dévotion quasi religieuse ? 
En tout cas, son raisonnement est là : sa vie est une fatalité, il n'y a pas lieu d'y échapper… 

La télévision, qu'elle peut regarder lorsque son père part au travail, ne l'aide pas à réfléchir sainement. Ce qu'elle a déjà vécu et l'avilissement quotidien subit ne l'encourage pas... 
Difficile de la comprendre parfois, il faut creuser pour concevoir sa vision des choses, son instinct de survie dans cette vie qui n'en est pas une…

Sa rencontre avec Camille pourrait peut-être la sauver, au moins de la folie... ou pas ! 
Ce lien qui se crée entre elles est nouveau, les captives n'étant que des "meubles", cette relation oblige Manon à se poser des questions, à réfléchir sur sa condition, mais est-elle prête pour cela?

Bref, ce roman est une vraie torture psychologique. 
Il est horriblement bien écrit, me rappelant la qualité de Karine Giebel. L'histoire est captivante par sa monstruosité. L'auteure arrive à nous plonger en plein cauchemar, où la cruauté est reine. 
Et pourtant, j'ai adoré cette lecture traumatisante. J'ai eu des nausées, des envies de meurtres, j'ai été prise de colère, d'incompréhensions... J'ai été subjuguée par la personnalité de Manon, par l'histoire qui, bien qu'imaginaire, est criante de réalisme… « ça, c'est juste bien... »

Bravo Magali Collet, mes nuits vont rester hantées quelques temps par cette Cave aux poupées, « parce que c'est comme ça que ça marche »...
 







https://www.taurnada.fr/catalogue/thriller/lcapmc/



https://www.amazon.fr/Cave-aux-poup%C3%A9es-Magali-Collet/dp/2372580663/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&crid=P5OM8YAZFNCV&keywords=la+cave+aux+poup%C3%A9es&qid=1584268552&sprefix=la+cave+aux+poup%C3%A9es%2Caps%2C157&sr=8-1&swrs=5F0B6A0F8EF167A8270BCAF3083DD5A2

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